domingo, 7 de agosto de 2022

ARTHUR RIMBAUD. CINCO POEMAS [1]


BEING BEAUTEOUS

Devant une neige un Être de Beauté de haute taille. Des sifflements de mort et des cercles de musique sourde font monter, s’élargir et trembler comme un spectre ce corps adoré ; des blessures écarlates et noires éclatent dans les chairs superbes. Les couleurs propres de la vie se foncent, dansent, et se dégagent autour de la Vision, sur le chantier. Et les frissons s’élèvent et grondent, et la saveur forcenée de ces effets se chargeant avec les sifflements mortels et les rauques musiques que le monde, loin derrière nous, lance sur notre mère de beauté, —elle recule, elle se dresse. Oh! nos os sont revêtus d’un nouveau corps amoureux.

Ô la face cendrée, l’écusson de crin, les bras de cristal! Le canon sur lequel je dois m’abattre à travers la mêlée des arbres et de l’air léger!

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BEING BEAUTEOUS

Ante una nieve un Ser de Belleza de alta estatura. Silbidos de muerte y círculos de música sorda hacen subir, ensancharse y temblar como un espectro este cuerpo adorado; heridas escarlatas y negras estallan en las carnes magníficas. Los colores propios de la vida se oscurecen, danzan, y se liberan en torno a la Visión, en el taller. Y los escalofríos se levantan y braman y el obsesivo sabor de estos efectos cargándose con los silbidos mortales y las roncas músicas que el mundo, lejos tras nosotros, lanza sobre nuestra madre de belleza, —ella retrocede, se yergue. ¡Oh!, nuestros huesos se han revestido de un nuevo cuerpo amoroso.

¡Oh la faz cenicienta, el escudo de crin, los brazos de cristal! ¡El cañón sobre el que debo abatirme en medio de la refriega de los árboles y del aire ligero!

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À UNE RAISON

Un coup de ton doigt sur le tambour décharge tous les sons et commence la nouvelle harmonie.

Un pas de toi c’est la levée des nouveaux hommes et leur en-marche.

Ta tête se détourne: le nouvel amour! Ta tête se retourne, —le nouvel amour!

«Change nos lots, crible les fléaux, à commencer par le temps», te chantent ces enfants. «Élève n’importe où la substance de nos fortunes et de nos vœux» on t’en prie.

Arrivée de toujours, qui t’en iras partout.

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A UNA RAZÓN

Un golpe de tu dedo sobre el tambor descarga todos los sonidos e inicia la nueva armonía.

Un paso tuyo es el levantarse de los nuevos hombres y su caminar.

Tu cabeza se vuelve: ¡el nuevo amor! Tu cabeza gira, —¡el nuevo amor!

«Cambia nuestros lotes, criba las plagas, empezando por el tiempo», te cantan esos niños. «Eleva no importa adónde la sustancia de nuestras fortunas y nuestros anhelos», te ruegan.

Tú, venida desde siempre, que te irás por todas partes.

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LES PONTS

Des ciels gris de cristal. Un bizarre dessin de ponts, ceux-ci droits, ceux-là bombés, d'autres descendant ou obliquant en angles sur les premiers, et ces figures se renouvelant dans les autres circuits éclairés du canal, mais tous tellement longs et légers que les rives, chargées de dômes, s'abaissent et s'amoindrissent. Quelques-uns de ces ponts sont encore chargés de masures. D'autres soutiennent des mâts, des signaux, de frêles parapets. Des accords mineurs se croisent et filent, des cordes montent des berges. On distingue une veste rouge, peut-être d'autres costumes et des instruments de musique. Sont-ce des airs populaires, des bouts de concerts seigneuriaux, des restants d'hymnes publics? L'eau est grise et bleue, large comme un bras de mer. —Un rayon blanc, tombant du haut du ciel, anéantit cette comédie.

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LOS PUENTES

Cielos grises de cristal. Un extraño trazado de puentes, rectos estos, arqueados aquellos, otros descendiendo o en ángulo oblicuo sobre los primeros, y esas figuras reproduciéndose en los demás circuitos iluminados del canal, pero todos tan largos y ligeros que las orillas cargadas de cúpulas pierden altura y disminuyen. Algunos de estos puentes todavía están cargados de casuchas. Otros sostienen mástiles, señales, frágiles parapetos. Acordes menores se cruzan, y desaparecen, de los ribazos suben unas cuerdas. Se distingue una chaqueta roja, quizás otros ropajes e instrumentos de música. ¿Son aires populares, fragmentos de conciertos señoriales, restos de himnos públicos? El agua es gris y azul, ancha como un brazo de mar. —Un rayo blanco, cayendo desde lo alto del cielo, aniquila esta comedia.

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MYSTIQUE

Sur la pente du talus les anges tournent leurs robes de laine dans les herbages d'acier et d'émeraude.

Des prés de flammes bondissent jusqu'au sommet du mamelon. À gauche le terreau de l'arête est piétiné par tous les homicides et toutes les batailles, et tous les bruits désastreux filent leur courbe. Derrière l'arête de droite la ligne des orients, des progrès.

Et tandis que la bande en haut du tableau est formée de la rumeur tournante et bondissante des conques des mers et des nuits humaines,

La douceur fleurie des étoiles et du ciel et du reste descend en face du talus, comme un panier, —contre notre face, et fait l'abîme fleurant et bleu là-dessous.

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MÍSTICA

Sobre la pendiente del talud los ángeles hacen revolotear sus vestiduras de lana en los herbazales de acero y esmeralda.

Prados de llamas saltan hasta la cima del montículo. A la izquierda el mantillo de la arista es pisoteado por todos los homicidios y todas las batallas, y todos los ruidos desastrosos tejen su curva. Detrás de la arista de la derecha la línea de los orientes, de los progresos.

Y mientras la banda en lo alto del cuadro está formada por el rumor giratorio y saltarín de las caracolas de los mares y de las noches humanas,

La dulzura florida de las estrellas y del cielo y del resto desciende frente al talud, como un cesto, —contra nuestro rostro, y hace el abismo fragante y azul allá abajo.

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MARINE

Les chars d’argent et de cuivre —
Les proues d’acier et d’argent —
Battent l’écume, —
Soulèvent les souches des ronces.
Les courants de la lande,
Et les ornières immenses du reflux,
Filent circulairement vers l’est,
Vers les piliers de la forêt, —
Vers les fûts de la jetée,
Dont l’angle est heurté par des
tourbillons de lumière.

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MARINA

Los carros de plata y de cobre —
las proas de acero y de plata —
baten la espuma, —
alzan las cepas de las zarzas.
Las corrientes de la landa,
y las roderas inmensas del reflujo,
corren circularmente hacia el Este,
hacia los pilares del bosque, —
hacia los fustes de la escollera,
cuyo ángulo golpean
torbellinos de luz.
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[1] De Illuminations, 1886.
De Iluminaciones, 1886.
En Una temporada en el infierno. Iluminaciones, Barcelona, Austral, 2021.
(Trad. Mauro Armiño)

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